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27 janv. 2015

L’œil du photographe #4 - Yann Shee

Yann Shee a accepté d’être le sujet de "L'Oeil Du Photographe" de janvier 2015. Cette série d’articles associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie.

Yann, peux-tu nous résumer ton parcours photographique ?
Mon premier vrai contact avec la photo s'est fait lors de mes études en graphisme. J'avais pris photo en cours optionnel. On travaillait encore en argentique et la photo m'attirait beaucoup. Malheureusement, je n'ai pas poursuivi ce cours les années suivantes par manque de temps. Aux alentours de 2008, lorsque le groupe de musique dans lequel je jouais s'est séparé, j'ai repris la photo en autodidacte avec le reflex de ma compagne. Le virus m’a pris et je me suis acheté un reflex également. J’ai ensuite commencé à participer à des concours et exposer mon travail.
Qu'est-ce qui t'attire et depuis combien de temps es-tu "tombé" dans l'urbex ?
J'ai commencé à pratiquer l'urbex en 2008. A l'époque, je cherchais un sujet, un thème à photographier. Je suis tombé par hasard sur le site d'une fille qui pratique la moto sur le site de Tchernobyl. Elle est ukrainienne et son père est physicien nucléaire. Elle n'est pas du tout photographe, mais poste des photos et raconte l'histoire du lieu sur son site.
Cela m'a complètement fasciné et en me renseignant sur Tchernobyl sur le web, je suis tombé sur des sites d'urbex. A cette époque là, on parlait très peu de l'urbex, le mouvement était très underground et marginal. En voyant ces photos, j'ai tout de suite su que c'était cela que je voulais photographier. J’ai du mal à expliquer pourquoi ces endroits m’attirent. Peut-être est-ce parce que j’ai grandi en ville, ou bien parce que j’éprouve un certain attachement au passé ou peut-être aussi parce que ces lieux abandonnés sont comme le reflet de l’époque actuelle ou tout est consommation, jetable et obsolète...


Y-a-t-il plusieurs types d'explorations urbaines ? Y a t-il des risques ?
Oui, il y a plusieurs types d'exploration urbaine. Il y a les cataphiles, ce sont ceux qui explorent sous terre, par exemple les puits de mine, les égouts... il y a les toiturophiles, ceux là explorent les toits, montent au sommet des grues de chantier pour profiter de la vue... il y a bien sûr ceux comme moi qui explorent les lieux abandonnés et il y a aussi ceux qui pratiquent l'infiltration, qui consiste a s'infiltrer dans un lieu encore en activité.
Au niveau des risques, il faut savoir qu'ils sont très nombreux et que c'est une activité assez dangereuse. Il y a d’abord les risques liés directement au lieu : risque d’effondrement, planchers pourris, mais aussi matériaux toxiques comme l’amiante ou des dépôts d’hydrocarbure et de produits chimiques dans les vieilles usines. Ensuite il y a les risques légaux, même si je ne suis pas là pour vandaliser ou voler quoi que ce soit, je suis quand même sur une propriété privée sans y avoir été invité. Pour certains endroits, j’ai pu obtenir une autorisation légale, mais généralement, il est difficile de savoir qui est propriétaire du lieu…
Et puis il y a aussi les risques liés aux rencontres. Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a souvent pas mal de passages dans les lieux abandonnés : graffeurs, junkies, voleurs de cuivres, SDF, squatteurs, photographes, sécurité... On ne sait jamais sur qui on va tomber et s’ils sont hostiles ou pas. Par chance, je n’ai encore fait aucune mauvaise rencontre, mais je suis aussi très prudent et je m’assure généralement d’être seul avant de commencer à faire des photos...
Tu as une technique bien à toi pour finaliser tes photos, peux-tu nous dévoiler quelques uns de tes petits secrets ?
Je travaille toujours en lumière naturelle et en pose longue. Je fais généralement du HDR dans ces endroits, mais pas systématiquement. A la base, je n’aime pas beaucoup le rendu trop artificiel du HDR, mais je m’y suis mis au bout d’un moment parce que les conditions d’éclairage sont souvent très difficiles et que beaucoup de mes photos finissaient à la poubelle. J’essaie de ne pas trop pousser les manettes.
Une fois que j’ai mon HDR, je le passe à la moulinette dans GIMP pour augmenter le contraste et la saturation des couleurs via les modes de fusion, parce que j’aime énormément la couleur. J’adoucis ensuite légèrement mon image en floutant le calque supérieur qui est en mode lumière douce. Je termine en rajoutant un autre calque par-dessus sur lequel j’ai appliqué un filtre passe haut et que je mets en mode superposition pour augmenter la netteté.

Quels conseils donnerais-tu à ceux voulant se lancer dans cette activité ? 
Ne pratiquez pas cette activité seul, c’est dangereux, il vaut mieux être accompagné, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Ne venez pas non plus avec toute une bande, c’est le meilleur moyen de se faire repérer, il vaut mieux être à deux, maximum trois. Pensez à vous équiper correctement aussi : grosses chaussures, pantalon long et manches longues, des gants sont plus que bienvenus aussi. J’ai déjà vu des types pratiquer l’urbex en short et en basket, c’est vraiment stupide, il y a souvent des morceaux de verre et des débris un peu partout, et une blessure arrive très vite, ce n’est pas un musée ou une simple promenade. Je me suis un jour retrouvé avec un clou rouillé dans le pied malgré mes chaussures de randonnée ! Il était sur une vieille planche qui traînait dans les hautes herbes et que je n’avais pas vue. Depuis, j’ai toujours un petit kit de premier secours avec moi qui comprend du produit pour se laver les mains, du désinfectant et des sparadraps/bandages. Indispensable à mon avis !
Dites toujours où vous allez à quelqu’un et vers quelle heure vous comptez rentrer. Ma compagne sait toujours où je suis et sait que si elle n’a pas de mes nouvelles à une certaine heure, elle peut commencer à s’inquiéter. Autre petit détail : mettez votre téléphone sur silencieux. J’étais un jour dans une crypte sous un cimetière dont l’accès était interdit, et un ami m’a appelé. La sonnerie du téléphone a résonné dans toute la crypte, et je pense que toute les personnes dans le cimetière ont dû l’entendre. Cela m’a donné une bonne leçon…
Pour finir sur ces conseils, je dirais aussi : respectez les lieux. Nous ne sommes ni des vandales, ni des voleurs. Nous sommes des photographes. Si un endroit n’est pas accessible, tant pis, revenez plus tard, mais ne cassez rien pour rentrer. Tenez vous en au leitmotiv de l’exploration urbaine : ne prendre que des photos, ne laisser que des empreintes de pas, ne briser que le silence...
Merci Yann d'avoir pris le temps d'échanger avec nous, de nous avoir fait découvrir le monde si particulier de l’urbex ainsi que tes techniques de création.

Vous pouvez poursuivre cette balade dans l’univers de Yann Shee sur :

Interview réalisée par  Evelyne Zeltner et Eric Gindre - janvier 2015